Besoins éducatifs particuliers

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Je suis enseignant : questions / réponses à propos des élèves intellectuellement précoces

Un enfant précoce est un enfant « normal » et c’est le refus ou l’acceptation de la précocité qui va entraîner la dépréciation ou l’accomplissement de soi. C'est le regard que les adultes vont porter sur cette spécificité du fonctionnement cognitif, intellectuel, qui va leur permettre de s'épanouir ou pas.

Définir la précocité :

Comment repérer un enfant précoce dans la classe ?

Ressources : MEN/DGESCO EDUSCOL Septembre 2013 : Ressources d’accompagnement pédagogique : scolariser les élèves intellectuellement précoces.

Une grille de critères repérables : Inventaire de l’identification de l’enfant précoce (Jean-Charles Terrassier).

Les enseignant(e)s doivent être  attentifs à un certain nombre de signaux indicateurs nos évoquons ici des signaux d’alerte qui sans bilan psychométrique  ne peuvent être qu’un constat d’aisance intellectuelle.

Il est important  de préciser qu’un-e élève en réussite scolaire n’est pas forcément  un enfant précoce, mais qu’un élève intellectuellement précoce n’est pas systématiquement un élève brillant.

Une aisance au niveau du langage peut se traduire par l’utilisation de conjonction de coordination (dès l’école maternelle ou à l’école élémentaire)

  • Une dissociation des différents temps (dès l’école maternelle ou à l’école élémentaire)
  • Un intérêt marqué pour essayer de comprendre le monde qui l’environne.  Car, si la question du pourquoi est posée par tous les enfants, le fonctionnement cognitif de ceux que nous décrivons les amène à toujours aller plus avant dans la question du pourquoi.

Chaque nouvelle réponse apporte une nouvelle question qui vise à approfondir la première...

La situation d’un(e) élève doit être par ailleurs examinée lorsque :

  • l’élève manifeste un mal-être à l’école ou au collège,
  • l’élève a un trouble de l’apprentissage,
  • l’élève alerte les  enseignants par son comportement (refus scolaire, agitation...),
  • les parents en font la demande,
  • acquisition rapide du langage,
  • pose beaucoup de  questions y compris existentielles,
  • vitesse et efficacité de traitement de l’information supérieure à la norme,
  • forte capacité de mémorisation,
  • pensée riche et perspicace,
  • bonne capacité de concentration,
  • n’a pas besoin d’apprendre par cœur pour savoir,
  • beaucoup d’anxiété,
  • très susceptible.

Etablir lien avec Document DASEN Rhône

Chez les garçons, une vigilance s’impose lors d’une agitation excessive, d’une certaine insolence, d’une mise à mal du cadre.

Chez les filles, l’attention sera portée sur une forte inhibition, une sur adaptation au fonctionnement scolaire, une soumission excessive.
Plusieurs profils d’EIP existent : ne pas tomber dans une catégorisation réductrice est primordial

Attention, une de ces caractéristiques ne permettra pas de définir la présence d’une efficience intellectuelle différente de celle des autres enfants, mais ce sera la convergence d’un ensemble de faisceaux indicateurs qui permettra au professionnel de poser le diagnostic.

Y a-t-il plus d’enfants intellectuellement précoces qu’avant ?

Ils sont environ 300 000 en France, soit, sur le plan statistique, un à deux par classe. Un certain nombre connaît des troubles du comportement, des problèmes relationnels et, paradoxe de la précocité, des difficultés scolaires. La moitié affiche en effet des difficultés d'apprentissage, et 30 % n'atteignent pas le lycée  général,  technologique ou professionnel.

Il n’y a pas plus d’enfants précoces qu’avant, mais ceux-ci sont mieux identifiés car mieux repérés. Grâce au travail des associations de parents, face à un enfant en difficulté dans le contexte scolaire, on constate de réels progrès dans la prise en charge de leur spécificité. Il reste pourtant beaucoup à faire.

La précocité d’un enfant peut-elle tout expliquer ?

Lorsqu’un enfant rencontre une difficulté spécifique et qu’une identification de précocité a été effectuée, il faut être vigilant(e) à ne pas tout ramener à cette caractéristique. Certes, elle permet de comprendre et d’expliquer certaines spécificités de fonctionnement mais il est important de bien analyser la présence éventuelle de troubles connexes tant sur le plan affectif (dépression, troubles envahissants du développement, désordre affectif majeur) qu’instrumental (dyslexie, dyspraxie, troubles attentionnels).

Un enfant précoce peut ainsi présenter une problématique « multidys » qu’il sera important d’identifier afin de pouvoir apporter une aide appropriée et planifiée dans le temps. Cela implique que l’aide apportée doit se faire en fonction de la, ou des, problématique(s) présentes avant de prendre en compte la caractéristique EIP.

Son fonctionnement est t-il différent ?

Les enfants précoces vont présenter :

  • Une hyper vigilance émotionnelle, car le monde présente toujours pour eux un risque potentiel qu'il faut pouvoir anticiper pour s'en prémunir. Cette hyper vigilance émotionnelle, couplée à une analyse constante des situations dans lesquelles ils sont pris, va rapidement amener un état d'épuisement psychique.
  • Un épuisement plus rapide que les autres : ils peuvent ainsi être sujets à des moments d’abattement physique et psychologique très importants.

Sur le plan intellectuel, l’évaluation des compétences de l’enfant va permettre d’identifier la forme d'aisance intellectuelle qui est présente. Nous trouvons ainsi une forme :

  • « Déductive » : les enfants déductifs se perdent dans leurs déductions, et cherchent systématiquement à identifier la voie la plus fiable et la plus cohérente pour solutionner un problème. Toutefois pour le faire, ils vont imaginer toutes les solutions possibles pour le résoudre avant d'en choisir une.
  • « Intuitive » : ces enfants rencontreront essentiellement des difficultés au niveau du collège puisque le système pédagogique va solliciter les compétences explicatives que met en place tout(e) adolescent(e). Or les enfants intuitifs ont bien ces compétences dans leur pensée, mais ils n'ont jamais été appelés à les utiliser. Ces deux formes d'aisance intellectuelle de la pensée présentent toutes deux des écueils pour l'adaptabilité cognitive du sujet à l'univers scolaire. Dès lors comme tous les autres élèves à besoins éducatifs particuliers, ils ont  d’être motivés, soutenus  et accompagnés  dans leur éducation sociale, physique et affective.
Son développement affectif est t-il différent ?

Toutes et tous vont manifester une hypersensibilité qui est certes un atout pour comprendre le monde, pour se mettre en phase avec les autres, mais qui peut générer une souffrance importante si l'enfant ne trouve pas de guide pour grandir, s'il ne trouve pas une personne qui puisse l’aider à se servir de cette compétence.  Cette hypersensibilité est un bouillonnement constant qui envahit l'ensemble de sa personnalité et qui le conduit à vivre avec des sensations exacerbées, allant d'un amour absolu, d'une fusion complète, à un rejet total, ou à une haine destructrice.

Un décalage important entre leur niveau de maturité intellectuelle et leur développement affectif. Si, en effet, leur pensée peut analyser, structurer tout un ensemble de raisonnements grâce à des compétences qui les situent au-delà de ce que pourrait fournir un enfant de la même classe d'âge, il n'en va pas de même sur le plan affectif. L'affectivité se développe en fonction des expériences qui sont vécues, et un enfant de quatre ans ne pourra avoir qu’une expérience affective d'un enfant de quatre ans.

Une fragilisation de la sphère affective : une grande vulnérabilité, une grande solitude émotionnelle (avec souvent des doutes importants sur sa façon d'être, sa façon de penser, son identité), et globalement un enfant beaucoup plus fragile que les autres. Ce dernier point va entrainer la nécessité de protéger cet enfant d’une façon beaucoup plus importante.

Un des risques très important sur le plan affectif pourra être la construction d'un faux « self » (il donne à voir une fausse image de lui-même qui permet de s'adapter aux autres mais qui l’éloigne de la réalité de sa véritable personnalité.)

Sa relation aux autres est t-elle plus complexe ?

Les « autres » sont très intéressants puisque les plus âgés peuvent apprendre quelque chose, parce qu’ils disposent de clés pour les aider à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Mais des difficultés importantes sont présentes dans le sens d’une identification aux pairs plus complexe et difficile à mettre en place.

Cette difficulté est d'autant plus présente à l'adolescence puisqu’il s’agit d’une phase accrue d'identification aux autres et d'affiliation au groupe. Or, parce qu’il se sent différent des autres depuis sa plus tendre enfance, son décalage par rapport à ces « autres » va paradoxalement s’accentuer. Des attitudes, des comportements, la représentation d'une certaine marginalité vont donc se développer.

Ce qui peut impliquer :

  • Un ressenti de folie : les autres sont tous pareils, moi je suis différent(e), c'est donc que quelque chose ne va pas dans ma tête.
  • Des angoisses de plus en plus importantes : angoisses qui vont émerger chez un enfant présentant une aisance intellectuelle non diagnostiquée, pouvant aller jusqu'à des pics qui nécessitent la mise en place de traitements, voire l'hospitalisation.
  • Un ressenti de maltraitances psychologiques : maltraitances qui peuvent être extrêmement importantes, et qu’il ne faut pas minimiser, ou éluder, comme si elles n'existaient pas.

Ces enfants ont donc besoin d'une personne qui puisse faire le lien entre eux et les autres. Ils se sentent ainsi beaucoup plus proches des adultes que les autres enfants. La forte capacité d’empathie qui les caractérise est une sorte de cordon qui va relier deux affects, et qui va leur permettre de partager et de comprendre ce qu'un autre ressent. Mais si cette compréhension n'est pas étayée par la présence rassurante de l'adulte, ils se retrouvent en permanence dans un état de vigilance vis à vis des autres. Des anticipations anxieuses vont apparaître, et l'insouciance, caractéristique de l'enfance, n’existe pas dans leur pensée.

Accompagner un enfant précoce :

Quelles sont les informations importantes à avoir ?

Ces enfants présentent une anxiété diffuse et, face aux nombreuses émotions qui les submergent, il est important pour eux d'être canalisés par un adulte. Il en est ainsi de l'enseignant(e) dans le contexte scolaire. L'enfant précoce va identifier si cet/te enseignant(e) est suffisamment fiable pour pouvoir le soutenir et l'aider à canaliser cette anxiété.

Ces élèves sont toujours en état d'alerte, leur attention au monde est maximale, ce qui peut paradoxalement expliquer des difficultés de concentration (présentes chez certains d’entre eux), notamment en classe.

Les EIP cherchent à développer une confiance absolue envers l'adulte, seul garant d'une sécurité vis-à-vis de cet univers anxiogène dans lequel l’école les plonge. Ils présentent une très grande sensibilité à l’injustice et les règles posées par l'adulte référent dans la classe lui apparaissent comme des règles intangibles, car elles sont garantes de sa sécurité. Le monde dans lequel ils vivent est si insécurisant qu'ils ont besoin de trouver des points de repères stables.

Que faire dans la classe ?

Comme pour tous les enfants à besoin spécifique, l’aménagement de la scolarité passe par une coordination de l’équipe.

L'école n'est pas forcément pour ces enfants le lieu de construction et d’expression de compétences, d'acquisition de savoirs, et de développement de la pensée. Il devient parfois celui de la confrontation de son identité avec celle des autres, celui de la recherche d'un guide affectif.

Des difficultés comportementales ou d’apprentissage peuvent se manifester dès l’école maternelle mais elles sont  plus aisément identifiables à l’école élémentaire et au collège. Des examens peuvent aider à mettre en évidence la précocité intellectuelle de l’élève. Le diagnostic posé, famille, équipes pédagogiques et de direction, psychologue scolaire dialoguent pour convenir d'un parcours adapté. Plusieurs pistes peuvent être explorées :

Enrichissement et approfondissement des matières où l’élève est brillant(e), accélération du parcours scolaire ou encore la mise en place de dispositifs adaptés.

Un projet spécifique comme par exemple un PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Educative) ou un PAP (Programme d’Accompagnement Personnalisé), pourront alors être mis en place avec l’équipe éducative.

Certaines démarches qui fonctionnent avec la majorité élèves mettent les EIP en difficulté :

  • Les logiques d’apprentissage fondées sur la seule logique déductive. Il convient de l’amener progressivement seulement à reconstruire le cheminement déductif
  • l’enregistrement mental des faits et l’acquisition de techniques particulières par de longues manœuvres répétitives ou par des séances de soutien disciplinaire
  • l’interrompre lorsqu’un à un niveau de concentration maximale il développe une argumentation qui semble un peu longue.
  • Suivi des consignes.
  • Fonctionnement routinier.
  • Lui demander d’avoir l’air attentif en permanence .Sa pensée est toujours en activité, il est avide de connaissances. Mais  cela ne se voit pas  toujours en classe : il peut donner l’impression de ne pas écouter.
  • Il ne faut pas s’offusquer de son  obstination et de son  entêtement : il a un besoin vital de comprendre.

Au regard de ces points  quelques pistes pour accompagner les EIP peuvent être envisagées :

  • adapter la pédagogie au quotidien afin de respecter leur différence, stimuler leur intellect tout en leur enseignant des méthodes de structuration du langage et de la pensée.
  • s’adapter à leur rythme d’apprentissage en misant sur la construction de compétences.
  • leur proposer des problèmes de tous ordres à résoudre dont le degré de   complexité les amènera seuls ou en relation avec leurs pairs  à rechercher et solliciter l’apport des connaissances nécessaires. Cela  suppose que l’on ne se trouve pas dans une situation de pédagogie frontale. Ceci vaut pour la plupart des élèves.

Des Ressources : Exemples d’accompagnement PPRE :

Un exemple Premier degré : le PPRE et sa mise en œuvre dans la classe

Un exemple deuxième degré : le PPRE Passerelle CM2 Collège

Céer un maillage constructif :

Comment collaborer avec la famille ?

Etablir un PPRE  ou un PAP pour l’élève avec les objectifs à atteindre et les moyens à mettre en œuvre. Proposer des rencontres régulières entre les parents et un(e)  professeur(e) «tuteur» de l’élève.

Et les professionnels dans et hors de l’école ?

Différents professionnels de l’établissement peuvent être des personnes ressources : le médecin ou l’infirmière scolaire, le/la psychologue scolaire à l’école primaire, le/la conseiller(ère) d’orientation psychologue au collège ou au lycée, mais aussi le directeur/la directrice d’école, le/la chef d’établissement ou encore des collègues qui ont pu être sensibilisés à l’occasion d’une formation à la problématiques des EIP.

Les équipes éducatives permettront également des rencontres, des échanges avec les professionnels de santé qui accompagnent l’élève EIP dans et en dehors de l’école.

Se documenter :

Bibliographie :

Coordonnées d’associations (liste non exhaustive) :

  • L’association nationale pour les enfants intellectuellement précoces, fondée par Jean-Charles Terrassier (constituée de parents et d’enfants).
    http:/www.anpeip.org/
  • L’association française pour les enfants précoces, fondée en 1993 (constituée de parents et de professionnels).
    http://www.afep.asso.fr/

Sitographie :

Eduscol

centre-psyrene.fr : centre d’expertises en développement de potentiels (basé à Lyon) Il regroupe chercheurs et praticiens.

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