Professeur relais auprès des Archives Départementales et Métropolitaines

Le professeur relais élabore des outils, des parcours de formations pour les élèves et les enseignants, en liaison avec les programmes de collège et de lycée - PRDAAC

Actualités

Exposition « Les femmes vont voter, octobre 1944 - octobre 1945 »

Du 18 septembre 2025 au 28 mars 2026

La nouvelle exposition des Archives départementales et métropolitaines reviendra sur une année clé pour la démocratie française, l’année lors de laquelle les femmes sont devenues électrices et éligibles. Une programmation associée se tiendra en parallèle de l’exposition avec l’organisation de conférences et de projections. L’exposition est en entrée libre et gratuite.

Il y a 80 ans, lors des élections municipales puis législatives de 1945, les femmes votaient pour la première fois en application de l’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 indiquant qu’elles sont électrices et éligibles ; en octobre 1945, 33 femmes étaient élues pour la première fois à l’Assemblée nationale. L’exposition Les femmes vont voter, octobre 1944 - octobre 1945 a pour ambition de rendre visibles ces femmes de la Libération dans leur diversité : les femmes " méritantes ", résistantes et les femmes " déchues " par des accusations de collaboration, les femmes entrées en religion et celles entrées en politique. Témoignages, presse féminine, photographies, tracts, bulletins de vote et beaucoup d’autres documents en témoignent.

Cette exposition est le fruit du travail collectif mené durant quatre ans par le réseau des correspondants départementaux de l’Institut d’histoire du temps présent. Fondé sur de nombreux fonds d’archives provenant de différents départements, ce travail croise recherche historique et ancrage territorial. Il s’inscrit pleinement dans une dynamique pédagogique et invite à réfléchir aux enjeux de la citoyenneté, hier comme aujourd’hui. Pour cette présentation, l’exposition est complétée par les documents des Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon et enrichie par des objets provenant de différents musées.

Tout un programme de conférences et de visites est proposé en lien avec l’exposition :

  • Ouverture et visites guidées pour les Journées européennes du patrimoine : Samedi 21 et dimanche 22 septembre de 10h à 17h

  • Rendez-vous avec l’INA Aux urnes citoyennes (Elisabeth Kapnist, 1994) : Mercredi 1er octobre à 18h

  • Projection du film Les Suffragettes (Sarah Gavron, 2015) au cinéma Comœdia et visites guidées de l’exposition aux Archives : Samedi 15 novembre à partir de 10h45

  • Rendez-vous avec l’INA Il suffit d’écouter les femmes (Sonia Gonzales, 2025) : Mercredi 3 décembre à 18h

  • Conférence Une presse pour les femmes ? en présence de Bénédicte Héraud et Carine Delahaie : Jeudi 11 décembre à 18h

  • Conférence Six Lyonnaises en Révolution : des citoyennes en minorité ? 1793-1794 en présence d’Anne Verjus et Olivier Ferret : Jeudi 22 janvier à 18h

 

Retour d'expérience

Dans ma valise : l'immigration italienne

Le projet « Dans ma valise : l'immigration italienne » a concerné les élèves de 1ère LV2 et LV3 italien du lycée de la Plaine de l’Ain à Ambérieu-en-Bugey au cours de l’année scolaire 2024-2025.

Contexte de l’établissement

L’ouverture culturelle notamment par le biais des projets EAC (éducation artistique et culturelle) est une priorité de l’établissement car le lycée, situé en zone rurale, connaît un certain isolement culturel. La majorité des élèves sont donc éloignés des grandes structures culturelles lyonnaises (opéra, théâtre, musées…) (60 km) et burgiennes (30 km) que peu connaissent et encore moins fréquentent. Néanmoins des ressources culturelles de proximité existent telles une compagnie de théâtre, Le réverbère, l’APA (Association pour l’Autobiographie, Amébrieu étant la capitale nationale de l’autobiographie), des associations de patrimoine… Les transports entre Ambérieu-en-Bugey et Lyon sont assez faciles (trains fréquents ou bus par l’autoroute) mais le coût des transports pour s’y rendre avec des classes constitue un frein important.

Un projet EAC

Une équipe d’enseignants de différentes disciplines, Mme Bureaux (Italien), Mme Mathieu (information-documentation) et un enseignant d’Histoire-géographie-EMC ont souhaité réaliser un projet qui s’inscrit dans le parcours DAAC « D’ici et d’ailleurs », piloté par Linda Dugrip, chargée de mission mémoire et citoyenneté à la DAAC. Cette proposition répondait aux attentes de l’équipe enseignante, en l’axant plus spécifiquement sur l’immigration italienne qui a laissé une empreinte fondamentale dans toute la région. Ce projet à la fois artistique, historique et citoyen a répondu à différents objectifs pédagogiques :

  • s’approprier des connaissances historiques sur les migrations du 18e siècle à nos jours, à travers des écrits, des expositions, des conférences….
  • développer des valeurs de solidarité et l’esprit critique en travaillant sur l’immigration et l’intégration, des problématiques actuelles, à travers les siècles : « L’objectif est la transmission de la mémoire permettant aux élèves de se rassembler autour d’évènements historiques qui ont construit notre pays mais aussi de partager le sentiment d’appartenance à la même nation et à ses valeurs républicaines. »
  • créer une œuvre artistique sous différents supports (théâtre, écrits, films, jeu…) permis par un travail en autonomie des élèves qui s’inscrit dans un projet commun de classe.

Ce projet pluridisciplinaire repose sur les 3 piliers de l’EAC à savoir : rencontrer, connaître et pratiquer.

DAAC Festival EAC 24-25 Dans ma valise, l'immigration italienne

Rencontrer

Dans le cadre du parcours DAAC « D’ici et d’ailleurs », organisé par Linda Dugrip, chargée de mission mémoire et citoyenneté à la DAAC, une journée à Lyon a permis aux élèves de rencontrer différents acteurs et lieux culturels :

  • L’atelier « Les migrations du 18éme à nos jours » aux archives du Département du Rhône et la Métropole de Lyon (ADRML). Les élèves ont pu appréhender les différents aspects économiques, socioculturels et politiques des mouvements migratoires à travers l’histoire jusqu’à nos jours.
  • L’exposition « La frontière en question » à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne. Dix artistes émergents (cinq issus de la scène régionale et cinq de la scène internationale) ont imaginé ce projet pour la 17e Biennale de Lyon. Cette exposition a permis aux élèves, à travers cette création contemporaine diverse tant sur les formes et les univers artistiques, d’approfondir le thème de l’exil.
  • L’exposition « Migrations et asile » de « Ça presse » (Association d'éducation aux médias et dessins de presse, organisatrice des Rencontres internationales du dessin de presse). Grâce aux dessins de presse exposés, les élèves ont pu réfléchir ensemble sur l’enjeu majeur des migrations, sur les préjugés qui affectent les personnes étrangères et sur la manière de construire ensemble un monde plus juste, plus humain, plus solidaire.
  • Un atelier de danse sur « Le corps en exil » avec la compagnie Nandi, les enseignants et élèves ont participé à avec des exercices pratiques pour comprendre comment utiliser un art comme la danse pour valoriser la thématique de l’exil.

En plus de cette journée, les élèves ont aussi pu découvrir le fonds de l’APA (Association pour l'Autobiographie). Cette association nationale créée en 1992 et reconnue d'intérêt général, dont le siège est à Ambérieu-en-Bugey, a comme objectif principal : la collecte, la conservation, la valorisation de textes autobiographiques inédits. Ces textes (plus de 4500 références) se trouvent sous toutes les formes d'écriture de soi : récits et mémoires, journaux, carnets, correspondances... écrites par des hommes et des femmes de toutes origines géographiques et tous milieux sociaux, qui offrent un panorama humain d'une grande richesse et notamment de migrants.

Connaître

Outre les séances à Lyon (« L’immigration du 18eme au 20eme siècle » aux archives départementales du Rhône et métropolitaines de Lyon, « La frontière en question » à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, « Migrations et asile » de l’association « Ça presse »), les élèves ont pu renforcer leurs connaissances sur la thématique de l’exil à travers une exposition présentée en octobre-novembre au CDI : Ciao Italia ! du Musée national de l’histoire de l’immigration et prêtée par l’Institut culturel italien de Lyon. L’exposition présente l’histoire de l’immigration italienne en France, à travers ses contradictions : entre méfiance et désir, violences et passions, rejet et intégration. « Jouant des clichés et préjugés de l’époque et rappelant la xénophobie dont ils étaient victimes, l’exposition s’attache à retracer le parcours géographique, socio-économique et culturel des immigrés italiens en France du Risorgimento des années 1860 à la Dolce Vita célébrée par Fellini en 1960. » Les élèves ont pu ainsi travailler sur les préjugés dévalorisants et les regards bienveillants, les conditions d’accueil difficiles des migrants italiens mais aussi tous leurs apports dans la société française.

En cours d’Italien et d’histoire, les élèves ont pu aussi étudier cette problématique à travers d’autres supports que les expositions comme des films (Interdit aux chiens et aux italiens, Terra ferma, etc), des articles de revues historiques locales ou nationales, des chansons du patrimoine italien...

Après cette sensibilisation au thème général de l'exil, à travers la lecture des témoignages ou l’étude du contexte historique par les expositions, les ouvrages, les films…, les élèves ont sélectionné avec l'aide de l'Association pour l'Autobiographie d'Ambérieu, plusieurs extraits de journaux intimes d'Italiens installés dans la région Auvergne Rhône-Alpes, ainsi que des témoignages publiés par l’association Le Dreffia (association de patrimoine et d’histoire sur le Bugey central) sur des témoignages sur l’immigration en Bugey. Les élèves ont sélectionné les extraits pour appréhender les différents aspects de l’immigration : l’exil, l’installation, le travail, les guerres (aller-retour), le quotidien… tout en mettant en lien l’immigration italienne et les migrations actuelles avec les questions d’intégration toujours prégnantes.

Quelques extraits sélectionnés

« ne te fais pas trop de souci, ici nous sommes libres, bien sûr les cartes de séjours doivent être validées à temps, surtout ne pas les laisser périmer. Il y a aussi des gens qui ne nous aiment pas, n'y fais pas attention, ça leur passera. Je te dirai ce que tu dois faire. En attendant, tu logeras avec nous, ensemble nous chercherons un logement où tu pourras vivre avec ta petite famille.
Que de tristesse sur ce fin visage, fatigué, anxieux, regardant le quai désert, où son mari lui avait promis de l’attendre. Ne voyant rien, exténuée par ce long voyage, elle s’assit sur la grande caisse marron, le bahut en bois qui contenait son maigre trousseau, et que les cheminots venaient de descendre du wagon à bagages. Presque chaque jour, des Italiens arrivaient, cela ne les surprenaient plus. » « des larmes coulaient sur ses joues, mélange de chagrin, de joie , de fatigue, tristesse d’avoir quitté tous les siens, son village, ses souvenirs de jeunesse si proches encore, soulagement d’être enfin arrivée au but, d’un voyage pénible dans un train sans confort. Une nouvelle vie allait commencer avec son mari, ses enfants, dans un pays étranger »
La polenta Tiraboschi, Maurice, il Terral della Polenta, mémoires et parcours d'un fils d'immigrés italiens, APA N°4220.00

« (mon père)il bosse même le samedi, quatorze heures par jour en usine qui fabrique des armatures pour le belle « Chémour » ou plutôt « Etablissement Mure » comme un mur... mais mon père avec son accent italien Rital il dit "je travaille à Chémour". Moi ça me fait marrer c’est plein de soleil et ça chante !
Le petit frère, c’est Aldo. Il a failli mourir pendant un bombardement. Un éclat d‘obus est tombé à quelques centimètres de lui . Un miracle ! Aujourd’hui, c’est une vraie tête de cochon mon oncle. C’est un communiste, un vrai ! Il porte les drapeaux dans les manifs. Il travaille chez Fiat, il cherche des poux au patron avec le syndicat… sacré tonton Aldo !"

Franck Milena, L’Enclume et l’avion, APA N°1004.00

«S’exprimer en français, oui, mais comment et par qui ? On commençait par dire « bo-zoure », on baissait la tête pour dire oui, merci. Les gestes remplaçaient les paroles. C’était plus facile entre les enfants grâce aux jeux de billes, la toupie… les jeunes français nous apprenaient à mieux comprendre et nous apprenions les premiers mots plus vite que les grandes personnes. »
Pascal Petrucci, Mes souvenirs les plus marquants, APA N°3192.00

« un jour, mon grand-père eut une altercation avec son patron, il perdit son travail, ne trouva plus d’emploi pour faire vivre sa famille et il fallut immigrer. Le père vint d’abord avec ses fils aînés, et le reste sa famille suivit lorsque, par des cousins déjà installés à Lyon, il y eut un toit pour tous. La grande maison fut vendue et le chaud soleil du sud de l’Italie fut remplacé par la grisaille et les brouillards d’alors à Lyon, la noirceur et la misère d’un logement triste et exigu dans le quartier populeux de la Guillotière. Ainsi commença la vie française de mon Père autour de 1910. Il ne revit jamais son village. Chacun s’organisa. Il y eut du travail pour tous. »
Huguette Bergier, À Éliane, ma fille, souvenirs… , APA N°3758.00

 

Pratiquer

Les élèves ont mis en valeur des parcours d'immigrants italiens à travers tous les sentiments liés à l’exil, tout en faisant une ouverture sur l'immigration aujourd'hui avec l'Italie, terre d'émigration et terre d'accueil, sous différentes formes : jeu, mise en voix de textes autobiographiques, court métrage, spectacle de théâtre… Les élèves ont réalisé ensuite un jeu sous forme de jeu de l'oie.

En parallèle, depuis novembre, Mme Delom, conteuse et metteuse en scène de théâtre, de la compagnie ambarroise « l'Atelier du Réverbère », est intervenue régulièrement auprès des élèves pour les accompagner dans la mise en voix des témoignages d'immigrés italiens sélectionnés par eux dans le fonds de l’APA et du Dreffia. Les élèves ont ainsi travaillé sur l'oralisation de ces textes pour un spectacle de théâtre (la restitution finale) et pour un court métrage où ils font entendre la voix des exilés.

Toujours avec Mme Delom, entre janvier et mai, le groupe des élèves de LV2 italien ont préparé une mise en scène des lectures des témoignages à voix haute, tandis que le groupe des élèves de LV3 procédait à des enregistrements de ces témoignages pour la bande son du court métrage. Les élèves, aidés de la professeur de documentation, ont écrit le scénario, réalisé l’enregistrement de la narration, filmé des prises de vues d’objets symboliques de l’immigration italienne (cafetière italienne, photos de famille, archives en provenance des ADRML etc. ). Le montage du film a été finalisé par la documentaliste, avec les suggestions des élèves. Pour la réalisation du court-métrage intitulé « Nella mia valigia »(Dans ma valise), les élèves ont pu s’inspirer du film Zou de Claire Glorieux relatant le parcours d’un réfugié Afghan et qui mélange prises de vue réelles et animation en papier, maquettes... Ils ont repris certains procédés cinématographiques et créatifs. L’album Là où vont nos pères a été un autre support d’inspiration pour réfléchir à des éléments graphiques pour transcrire la nostalgie, l’exil...

Tout ce travail a abouti à une première restitution en interne au lycée, le 2 avril, en présence de Mme Dugrip, chargée de mission à la DAAC, de M.Cherkaoui, IPR d'italien, etc. Cette restitution consistait en une lecture expressive et incarnée, avec un jeu de scène, pendant laquelle ont retenti les échos de ces voix du passé, portées par l'engagement des élèves italianistes. Le court métrage a aussi été diffusé.

Après cette première restitution et un nouveau travail avec Mme Delom, les élèves vont présenter leur création réduite à 8 minutes le 27 mai sur la scène de l'auditorium de Bron, avec les autres établissements de l’Académie ayant participé au Parcours DAAC « D'ici et d'Ailleurs ».

Suite à ce spectacle, le projet sera mis en valeur du 2 au 6 juin au Lycée de la Plaine de l’Ain dans le cadre du festival EAC de la DAAC avec la projection du court métrage, une exposition présentant les témoignages et documents d'archives utilisés pour le spectacle, des extrait de la captation du spectacle à Lyon. Le jeu créé par les élèves sera proposé à leurs camarades. Le projet sera aussi restitué dans un article des Cahiers de l'A.P.A.

De plus, un site internet regroupe l’ensemble des créations des élèves du Parcours DAAC « D’ici et d’ailleurs » ainsi que la captation du concert de restitution : https://missionsculturelle.wixsite.com/exil

Le court-métrage a été présenté lors de la carte blanche des Journées de l’Autobiographie à Ambérieu le samedi 10 mai, une élève accompagnée de la professeure documentaliste a répondu aux questions des spectateurs sur le projet. Il a aussi été diffusé le jeudi 22 mai en ouverture de la soirée spéciale « Cinéma italien » proposée par le cinéma d’Ambérieu-en-Bugey. Deux élèves avec leur professeur d’italien et la professeure documentaliste ont dévoilé les coulisses du court-métrage.

 

 

Ce projet a permis aux élèves de s’engager dans un projet pluridisciplinaire et artistique, sur une thématique complexe avec des enjeux variés, permettant de développer leurs connaissances en histoire et en italien, leur autonomie, leur esprit critique… Ils ont été acteurs de créations artistiques (jeu, pièce de théâtre, court métrage) en rencontrant des lieux culturels variés et des intervenants artistiques à commencer par Mme Delom. Les élèves se sont véritablement investis pour appréhender des problématiques qui ont pu toucher notamment certains élèves issus de l’immigration.


 


 


 

 

Mise à jour : septembre 2025